Culture

A Aix-en-Provence, la création mondiale d’« Accabadora » de Francesco Filidei, une histoire d’amour entre les vivants et les morts

A Aix-en-Provence, la création mondiale d’« Accabadora » de Francesco Filidei, une histoire d’amour entre les vivants et les morts

Certaines sociétés comptent encore en leur sein ces « dernières mères » qui accompagnent les agonisants et les aident à passer – ce qu’on appellerait aujourd’hui l’aide à mourir. Cette figure que les Sardes nomment Accabadora, est le sujet d’un roman de Michela Murgia (1972-2023), grande figure de la littérature italienne, à qui le compositeur Francesco Filidei a emprunté son titre et son récit. Co-commandé par le Festival d’Aix-en-Provence, le quatrième opus lyrique du musicien italien a été donné en création mondiale le 4 juillet au Théâtre du Jeu de Paume.

Trois vieilles femmes en noir debout sont affairées sur trois métiers à tisser géants en fond de scène. Elles symbolisent les Parques, ces divinités maîtresses de la destinée humaine. Chacune des tapisseries, avec leur aspect de peau de bête, témoigne de l’âpreté rugueuse qui régit la vie dans les campagnes sardes. Dans ce gynécée paysan, où l’on fait ensemble le pain nourricier, où l’on coud collectivement les draps blancs, une jeune femme s’est levée dans les premières douleurs de l’enfantement. Elle avance en titubant. Son ventre rond s’ouvre. Un flot de farine en jaillit. Elle en pétrira une boule qu’elle emmaillotera et roulera contre elle, avant de la confier aux bras d’une autre femme. La vieille Tzia Bonaria, l’« accabadora », est sans enfant. Elle adoptera la petite Maria sortie toute chaude d’une grosse miche de pain comme un oisillon de sa coquille.

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