Le tribunal de Nice a rendu, mardi 7 juillet, ses réquisitions dans le procès des streameurs Naruto et Safine. Une enquête avait été ouverte à la suite d’un article de Mediapart faisant état d’« humiliations physiques et psychologiques » en direct sur la plateforme de streaming Kick, sur laquelle ils se produisaient en direct.
Le streameur Owen Cenazandotti, alias « Naruto », 27 ans, a vu requérir contre lui une peine de trente mois de prison, dont un an ferme avec bracelet électronique, et une amende de 30 000 euros. Contre l’autre streameur impliqué, Safine Hamadi, dit « Safine », 24 ans, la procureure a requis dix-huit mois de prison avec sursis probatoire et 15 000 euros d’amende. Le jugement sera connu lors d’une audience prévue le 5 août à 13 h 30.
Ils sont jugés pour violences en réunion, abus de faiblesse, diffusion d’images violentes, provocation à la haine ou à la violence, pour les coups et les humiliations infligés pendant des années à Raphaël Graven, alias « Jean Pormanove » (ou « JP »), et à Stéphane G., alias « Coudoux », quadragénaire sous curatelle.
Raphaël Graven est mort, le 18 août 2025, lors d’une session tournée en direct et diffusée sur Kick. Malgré la demande d’un de ses frères de renvoyer l’affaire vers une cour d’assises, le procès ne porte pas sur sa mort, à 46 ans : l’autopsie a conclu à l’absence d’intervention d’un tiers, et l’enquête sur ce volet a été classée sans suite en février.
Le parquet a aussi demandé un « bannissement numérique » des deux hommes. Il s’agit d’une nouvelle peine, introduite par la loi dite SREN (sécuriser et réguler l’espace numérique), du 21 mai 2024, qui ordonne la suspension des comptes d’accès à des services en ligne ayant été utilisés pour commettre l’infraction, pour une durée de six mois (ou un an en cas de récidive).
« Un système de maltraitance humaine »
Dans son réquisitoire, la procureure Maud Marty a estimé : « Le simple fait que la mort [de Jean Pormanove] soit survenue en live traduit la dérive. » Elle a dénoncé « un système de maltraitance humaine, pas un dérapage ou une provocation », car « les violences sont le programme, elles font le scénario ».
Entre 2023 et 2025, Naruto a animé des directs tous les soirs de 21 heures à minuit à partir d’un studio situé à Contes, près de Nice, d’abord sur la plateforme Twitch, puis, après une série de sanctions, sur l’australienne Kick.
Les images diffusées ou décrites à l’audience montrent JP et Coudoux qui reçoivent des gifles, des coups de pied, de fouet ou de batte de baseball, alors qu’on leur crie dans les oreilles… JP reçoit des œufs frais sur la tête, des seaux d’eau, des insultes, au son d’une petite chanson : JP veut pas d’ça.